"Timeless Waves" album has been included in the "BEST ALBUMS OF 2012" list on the Canadian music magazine EXCLAIM.


La media theque magazine
Au premier tiers du très beau court-métrage « Racines » d’Eileen Hofer, lorsque l’enfant quitte son père, traverse le pont pour rejoindre ses amis d’école et que l’homme de son côté s’en va livrer, à dos d’homme, un sac de bois à une vieille femme dans un hameau reculé de la montagne enneigée, des notes de guitare électrique percent la surface de la bande-son naturaliste, s’élèvent puis paraissent presque s’arrêter - comme flottantes ou en suspension. En ralentissant le pouls du film, la musique semble donner à cette séquence d’à peine nonante secondes une durée et un rythme plus proche de l’écoulement réel du temps. Deux minutes plus tard, la scène où le père rentre acheter le cadeau d’anniversaire de son fils chez le marchand de journaux et de bonbons est sonorisée par une musique électronique très discrète… Puis, toujours dans l’officine du commerçant, la même musique mais mixée plus à l’avant-plan semble faire écho à l’aura visuelle envoûtante de « The Shooting », le western culte de Monte Hellman qui y… passe à la télévision !

Attentif au générique, on lit que la musique est signée Erdem Helvacioglu et, la curiosité titillée, on découvre vite qu’il s’agit d’un musicien turc né à Bursa (Anatolie) en 1975. Ex-étudiant en ingénierie sonore et en musique électroacoustique, il n’a jamais voulu choisir entre guitare et électronique et La Médiathèque possède deux de ses disques sortis sur des labels américains.

Erdem Helvacioglu« A Walk Through the Bazaar » (2003) joue a priori le plus clairement la carte de l’ancrage turc puisque - respectant le cahier des charges de la série Met Life du label Locust qui proposait, au début des années 2000, à une série de musiciens (Matmos, Keith Fullerton Whitman…) de sortir des mini-albums de deux plages comprenant un enregistrement de terrain (field recording) et leur réappropriation de cette captation - Erdem Helvacioglu commence par nous y faire visiter un bazar d’Istanbul (bruits de circulation, entrée dans le souk, harangues des marchands, voix de femmes, babils d’enfants, brouhaha…) avant de nous en proposer sa réécriture électronique ambient. L’album « Altered Realities » sonne de manière très différente. Là où sur le disque précédent le retraitement électronique des sons analogiques s’opérait en différé, ici c’est l’immédiateté du direct qui entre en jeu. Le musicien y enregistre en temps réel - sans aucune retouche ultérieure - sept longues plages instrumentales plutôt lumineuses et aériennes de guitare acoustique retraitée en direct par des effets électroniques.

Philippe Delvosalle